Plaques des anciens combattants volées au cimetière de Charleroi-Nord : neuf ans d’attente

Monsieur le Bourgmestre,

En mars 2017, près de 250 plaques commémoratives en bronze ont été arrachées des tombes d’anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale au cimetière de Charleroi-Nord.

Plus de neuf ans après les faits, de nombreuses stèles demeurent privées de leur plaque. Selon les informations qui m’ont été communiquées, les vols auraient touché trois pelouses distinctes et il ne subsisterait qu’une dizaine ou une quinzaine de plaques originales.

Les photographies jointes en annexe montrent l’une de ces plaques, portant les armoiries de la Belgique et les millésimes 1940-1945, ainsi que les nombreuses stèles sur lesquelles seuls les trous de fixation sont encore visibles.

Plusieurs descendants indiquent interpeller la Ville depuis des années, tout en étant renvoyés entre les services des Cimetières, du Patriotisme et la Défense. Certains auraient même été invités à remplacer la plaque à leurs frais, pour un montant d’environ 350 euros.

Cette situation paraît difficilement conciliable avec l’article 109 du règlement applicable aux cimetières, qui prévoit que la Ville assure la fourniture, le placement et l’entretien des stèles et plaques destinées aux sépultures situées en pelouse d’honneur.

Ces plaques ne sont pas de simples morceaux de bronze. Elles portent les noms de personnes qui se sont battues pour notre pays et nos libertés face au nazisme et au fascisme. Préserver leur identité constitue un devoir de mémoire et un acte concret d’antifascisme. Ce devoir ne peut se limiter aux discours, aux commémorations et aux dépôts de gerbes.

Des solutions moins coûteuses et sans valeur de revente existent. Au cimetière militaire de Rabosée, à Wandre, les plaques en bronze volées ont ainsi été remplacées par des plaques en matériau synthétique.

Je souhaiterais dès lors interroger le Collège sur les points suivants :

  1. Quel est le nombre exact de plaques disparues et combien de stèles restent-elles aujourd’hui dépourvues de plaque dans chacune des pelouses concernées ?
  2. Quelle autorité est responsable de leur remplacement et comment le Collège explique-t-il qu’aucune solution n’ait encore été mise en œuvre après plus de neuf ans ? Des familles ont-elles effectivement été invitées à supporter elles-mêmes le coût du remplacement ?
  3. Quelles démarches concrètes et quels crédits budgétaires ont été consacrés à ce dossier depuis 2017 ?
  4. Le Collège s’engage-t-il à procéder au remplacement collectif des plaques, éventuellement au moyen d’un matériau synthétique sans valeur de revente ? Dans quel budget et selon quel calendrier précis ?

Après plus de neuf ans, les familles méritent une réponse claire. Celles et ceux qui se sont battus pour notre liberté méritent que leurs noms retrouvent enfin leur place sur leurs sépultures.

Je vous remercie pour vos réponses.

Bien à vous,

Benjamin Buyle

Réponse de FELON Maxime, Echevin

Monsieur le Conseiller,

Je vous remercie pour votre question relative aux plaques commémoratives disparues sur les sépultures d’anciens combattants dans plusieurs cimetières de l’entité.

Avant de répondre à vos interrogations, il me paraît essentiel de rappeler que les pelouses d’honneur constituent des lieux de mémoire particulièrement importants pour notre Ville. Elles rendent hommage à celles et ceux qui ont servi notre pays ou ont été victimes des conflits qui ont marqué notre histoire. Au-delà de leur dimension patrimoniale, ces espaces participent à la transmission de la mémoire collective et du devoir de reconnaissance envers les générations qui nous ont précédés.

Les vols de plaques commémoratives en bronze qui ont touché plusieurs cimetières de l’entité ont naturellement suscité l’émotion des familles concernées ainsi que des associations patriotiques.

Malheureusement, Charleroi n’est pas un cas isolé. De nombreuses communes belges et européennes ont été confrontées ces dernières années à des vols similaires, motivés par la valeur marchande des métaux. Certaines collectivités ont dès lors opté pour des solutions alternatives plus résistantes au vandalisme, recourant notamment à des matériaux composites, synthétiques ou à des dispositifs mémoriels offrant une meilleure pérennité tout en limitant le risque de nouvelles dégradations.

C’est précisément dans cette logique que la Ville a engagé un programme global de rénovation de ses pelouses d’honneur. L’objectif poursuivi est de proposer des aménagements harmonisés, durables et respectueux du caractère mémoriel des lieux, au travers d’une scénographie commune reposant notamment sur l’installation progressive de stèles en acier corten.

Ces travaux représentent des investissements conséquents qui doivent être répartis sur plusieurs exercices budgétaires. Le dossier est piloté par le Service des Cimetières et s’inscrit dans le cadre d’un marché public actuellement en cours d’exécution. Jusqu’à présent, un budget annuel de 150.000 euros a été consacré à ces aménagements, même si aucun crédit n’a pu être inscrit en 2026 dans le cadre des mesures budgétaires arrêtées pour cet exercice. La volonté demeure néanmoins de poursuivre ce programme dès que les moyens budgétaires le permettront, notamment lors de la préparation du budget 2027.

Plusieurs sites ont déjà fait l’objet d’une rénovation complète ou partielle, notamment les pelouses d’honneur de Charleroi-Nord pour les victimes civiles, de Mont-sur-Marchienne, de Gosselies, de Marcinelle ainsi que la parcelle mémorielle du Bois du Cazier.

Concernant plus particulièrement les plaques disparues, la Ville estime qu’un remplacement à l’identique en bronze ne constituerait pas une solution durable dès lors que ces nouvelles plaques seraient exposées au même risque de vol que les précédentes. C’est pourquoi les services étudient actuellement la mise en place de supports alternatifs dignes et respectueux de la mémoire des défunts, mais réalisés dans des matériaux moins attractifs pour les filières de recel. Cette approche rejoint d’ailleurs les solutions retenues dans plusieurs autres communes confrontées à des problématiques similaires.

Dans cette attente, une réflexion est également menée afin de mettre en place une solution transitoire permettant de rétablir l’identification des sépultures concernées dans les cimetières les plus touchés par le vandalisme, notamment à Charleroi-Nord et à Gosselies.

Au-delà de cette démarche, nous avons également interpellé le War Heritage Institute au sujet de la multiplication des vols de plaques, afin d’identifier des pistes de solution permettant à la fois de limiter ces actes de vandalisme et de mettre en place un cadre de collaboration entre nos deux institutions. Ce courrier a par ailleurs également été transmis au Ministre Franken, compétent en la matière. À ce jour, nous n’avons toutefois reçu aucun retour.

Enfin, je tiens à préciser qu’à la connaissance des services, aucun citoyen ni aucune famille n’a été invité à supporter personnellement les frais liés au remplacement des plaques disparues. La gestion de ce dossier relève bien de la responsabilité publique dans le cadre de l’entretien et de l’aménagement des pelouses d’honneur.

La Ville reste pleinement consciente de la portée symbolique de ce dossier. Au-delà des questions matérielles, il s’agit avant tout de préserver la mémoire des femmes et des hommes auxquels ces monuments rendent hommage. C’est dans cet esprit que les travaux de rénovation et les solutions de remplacement actuellement étudiées seront poursuivis afin de garantir, dans la durée, la dignité de ces lieux de recueillement et de transmission de notre histoire commune.

Je vous remercie pour votre question.

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